Oubliez la réunion avec les paperboards, les post-it de couleurs, les journaux du monde entier partout et les écrans ouverts sur wikipédia.

Les managers sont plein de bonne volonté en décidant de vous « équiper » pour créer les conditions de la créativité, mais c’est parfois en faisant strictement rien, en rêvassant sans complexe, que vous accoucherez des meilleures idées. Des psychologues le confirment, être inactif peut rendre créatif.

Toutes les entreprises n’en auront pas les moyens ou même l’audace, mais aménager une salle d’eau avec une baignoire afin de laisser leurs employés se plonger dans un bain pour trouver l’idée ou théorie du siècle à la manière d’Archimède, voilà un concept qui porterait ses fruits. Parce que c’est prouvé, buller et ne pas chercher, c’est trouver. Enfin presque…

Une étude de l’université de Californie à Santa Barbara prouvé que rêvasser avait du bon et que cela pourrait en fait nécessiter une grande activité du cerveau. Des psychologues émérites comme Scott Barry Kaufman et Rebecca L. McMillan ont par ailleurs publié de très sérieux articles sur le sujet. L’un d’eux intitulé « Ode à la rêverie positive constructive », les deux experts démontrent que laisser son esprit vagabonder peut faciliter le processus dit d’« incubation créative ». Les personnes créatives ont souvent pour trait commun de laisser leur esprit glisser ailleurs. Il peut donc y avoir un intérêt à s’inspirer de cette caractéristique pour en faire une technique, et pourquoi ne pas la mettre en place dans les salles de cours !

L’idée est bien de créer les circonstances idéales à la rêvasserie, de nous aider à sortir de nos propres perspectives limitées, de tenter d’autres manières de penser. Une fois ce constat posé, nous pourrions proposer aux étudiants des plages horaires dédiées. Les études montrent que les moments seuls sont propices à une forme d’égarement créatif – ou des instants promenades dans le parc voisin ? Les quarts d’heures détente pourraient alors prendre une autre dimension.    

L’élève qui passe son temps les yeux rivés sur la fenêtre est peut-être en train d’imaginer l’entreprise de développement numérique qu’il va monter une fois le bac en poche d’ici trois mois. C’est en se laissant aller à penser au pigeon qui court après une croûte de pain sur le banc du parc, qu’une idée d’ustensiles de cuisine à magnétisme intelligent peut venir à l’ingénieur en charge de la R&D. C’est en perdant son regard dans le ballet des voyageurs du métro qu’une idée de campagne de publicité peut vous venir. Oublier le présent, qui l’on est et ce que l’on fait pendant un instant permet de se projeter dans l’esprit des autres, d’imaginer ce que certains publics peuvent se dire ou rencontrer comme difficulté. En résonnance avec une activité marketing qui cherche à toujours coller plus aux besoins de ses cibles, ses rêvasseries qui agacent votre manager peuvent très vite devenir des mini-sessions de brainstorming individuelles et très productives.

Reste à trouver son rythme dans ses moments d’égarement, le risque étant de passer de la créativité à l’oisiveté.