Parmi la nouvelle génération, certains arrivent sur le marché du travail avec la ferme intention de donner eux-mêmes du sens à leur projet. Portrait de Samuel Chabré, correspondant à Lille de « Ticket for Change ».

Donner un sens nouveau à son travail

Si l’on devait définir l’économie sociale d’aujourd’hui, « Ticket for change » serait un formidable exemple. Un tour de France dynamique, fait de rencontres entre idées solidaires et entreprises. Objectif : convaincre une cinquantaine de jeunes de devenir eux-mêmes des entrepreneurs du changement. Et avec eux, toute une génération, pour partie déjà conquise par cette économie solidaire.

« Un monde se finit, notre mode de fonctionnement a trouvé ses limites » s’enthousiasme Samuel Chabré.

L’humain doit reprendre sa place, au centre de l’économie.

Pour lui, la question de donner du sens à son travail ne se pose même pas. « On ne peut plus imaginer une entreprise qui fonctionne sans même faire son bilan carbone » résume-t-il.

Et cette conviction n’est pas une douce utopie. Elle est le fruit de plusieurs expériences, au sein d’entreprises. « Je ne travaille pas juste pour l’argent. Je veux qu’il y ait de l’estime pour les gens qui m’entourent, et de l’humain au cœur du travail » poursuit Samuel. Concrètement, cela veut dire se respecter, et plus concrètement, « venir au travaille parce qu’on est heureux de travailler ensemble ».

« La façon de concevoir sa vie et l’esprit dans lequel nous faisons notre travail sont intimement liés »

Samuel met un point d’honneur à se sentir bien au travail. Chaque matin, avec ses collègues, ils font un point « météo » destiné à laisser entrevoir son humeur du jour. Une bonne façon de mieux se connaître et de prendre en considération forces et faiblesses de chacun à un instant T. Finalement, de reconnaître l’individualité de son voisin de bureau.« Il est impossible de dissocier ce que l’on est profondément, et le métier que l’on exerce.

« La façon de concevoir sa vie et l’esprit dans lequel nous faisons notre travail sont intimement liés. Et partout il doit y avoir de la joie » Cette convivialité entre collègues se nourrit selon lui de rencontres en dehors du travail. Se retrouver régulièrement à des forums, des conférences, ou des meetings entretient une bonne collaboration une fois revenus dans les bureaux. Et pas question de hiérarchie : ici on parle plutôt de sociocratie ou d’holocratie. Une organisation qui ne serait ni tout à fait horizontale, ni tout à fait pyramidale.

Ce qui est important, c’est que chacun sache pourquoi il est là.

Pour Samuel, cette conception du travail ne souffre pas de serment exclusif à un seul employeur : avoir plusieurs jobs, c’est aussi avoir plus de missions. Comme ses camarades, Samuel a beaucoup voyagé, il a vu d’autres modes de fonctionnement, il a intégré la protection de son environnement. « Ma vie a plus de sens avec les autres, et nous pouvons construire ensemble un monde plus juste ».

Sa génération, affirme-t-il, ne se réalise pas dans la foi en une idéologie, mais davantage dans la mise en place d’actions, ici, près de chez soi. Etre solidaire aujourd’hui, c’est incarner ses valeurs. « L’idée que chacun puisse faire un pas nous rassemble. Des mouvements comme Colibride Pierre Rabhi, qui prône une sobriété heureuse, sont très porteurs. »

Un changement de paradigme

Fini donc la vision étiolée d’une économie sociale et solidaire : « certains ont parfois l’image de l’adhérent d’une association poussiéreuse, le baba-cool, ou l’assistante sociale » regrette Samuel. L’innovation sociale, aujourd’hui, joue d’une viralité efficace sur Internet et d’une communication rajeunie. Le rapport à l’argent a changé lui aussi : l’économie solidaire est moins tournée vers la subvention. « Il faut être débrouillard : car pour être indépendant, s’autofinancer, il faut avoir du fond propre, des mécènes, ne pas être en attente de l’Etat ». Bref, une nouvelle aventure commence, celle de l’innovation sociale.

Laurent Courouble, animateur de réseau au sein de l’ APES (l’Acteur Pour une Economie Solidaire)insiste également sur le point de rupture dans lequel se trouve l’économie aujourd’hui :

C’est important de savoir que les valeurs sociales peuvent déboucher sur un métier, que les initiatives sont une façon d’entreprendre. Des jeunes des écoles de commerce veulent construire un entrepreneuriat différent, où ils se réalisent et obtiennent une rémunération qui n’est plus seulement financière mais aussi sociale. Nous sommes là pour les aider, et parfois, les aider à réaliser un rêve .

Liens utiles

http://beta.makesense.org

www.jecree.com/pid14251/nous-creons-solidaire

www.jeun-ess.fr/cest-quoi-l-ess/

Sources