Pendant que ses copains de classe redoutent de voir arriver leur bulletin, lui se préoccupe de la courbe de croissance de son entreprise.

Eh oui, Théo a 11 ans, mesure 1,50 m, rougit quand on lui parle de sa petite amoureuse au collège, regarde encore Bob l’Eponge et pourtant il est aussi le chef d’une véritable success story, une start-up qu’il a créée il y a maintenant six mois. Originaire d’Hénin-Beaumont, Théo « dirige » aujourd’hui 50 personnes.

Théo bat des records de jeunesse

Théo, voilà définitivement un nom à retenir car il pourrait bien marquer son temps et battre tous les records, y compris ceux de Mark Zuckerberg qui à côté passera pour un papy du business. Parce que cette petite frimousse d’Hénin-Beaumont est sûrement le plus jeune entrepreneur de France. Dans le monde, il n’y a qu’un américain nommé Moziah "Mo" Bridges pour lui voler le titre. Mais peu importe le classement, Théo bat des records de jeunesse. Il n’avait que 10 ans et demi quand il a créé « Gribouill’Arts », sa société.

Des posters avec des monstres et des maisons

Entre deux, Théo a fêté ses 11 ans au Champomy dans un bowling du bassin minier, et surtout a recruté le symbolique cinquantième salarié de sa start-up. L’activité de Gribouill’Arts est basique mais géniale. Gribouill’Arts se charge de récupérer à travers le monde des dessins d’enfants que les parents s’apprêtent à jeter à la poubelle. Vous savez ces feuilles de papier avec les parents et cousins que personne ne reconnaît, ces posters avec des monstres et des maisons aux formes défiant la gravité ?

Gribouill’Arts les collecte, les retravaille un peu, applique un filtre, ajoute un message bienveillant dessus et les fait imprimer sur des coussins, des châles ou sur des plaques en carton pour en faire des cadres. Pour quels clients ? Pour des seniors qui vivent  en maisons de repos et ont besoin ou envie d’égayer un peu leur chambre.

« L’idée, je l’ai eue quand on est allés voir grand-papa à la maison de retraite, nous raconte Théo sous le regard indéniablement fier de ses parents. Celui qui dormait juste à côté de lui avait collé un dessin sur son lit. Grand-papa m’a dit : on devrait tous en avoir des dessins comme ça, même ceux qui n’ont plus de petits-enfants ». Et puis Théo a imaginé qu’il pourrait le faire pour tous les papys et toutes les mammys d’Hénin-Beaumont, « et même du monde ».

« Sois un chef, un patron d’entreprise. Tu peux mon fils. »

Alain, le père de Théo, étant entrepreneur dans l’âme a poussé son fils à transformer l’idée en plan concret : « Je lui ai dit que rien ne le retenait. « Sois un chef, un patron d’entreprise. Tu peux mon fils. Imagine qui seront tes clients, combien tu vas vendre tes objets et je te dirais combien ils doivent te coûter pour que ça soit rentable ». J’ai vu tout de suite qu’il se prenait au jeu. Enfin, quand je dis au jeu, il a très vite pris ça au sérieux ». Une page facebook a été ouverte. Théo a lancé des messages pour collecter les dessins pendant que son père le faisait visiter des imprimeries locales et spécialistes du cadeau d’entreprise. « Je voulais un site internet pour que ça fasse professionnel. Mon papa m’a aidé à rencontrer des patrons de maisons de retraite. Ils ont adoré ! », jubile encore Théo.

Et très vite, les fédérations de métiers de service à la personne se sont passées le mot. Un mois après, Théo recevait plus de 20 commandes par jour. « Je voyais qu’il s’arrachait les cheveux et ne savait pas comment gérer, explique son père. Il découvrait tout d’un coup. Alors je lui ai dit : tu n’as qu’à embaucher fiston ». Et une fois de plus, Théo a pris cette phrase très au sérieux. Il a même tout de suite pensé à notre voisin qui est au chômage : il voulait lui faire plaisir… ».

Théo a composé une équipe de 50 collaborateurs

Gribouill’Arts a commencé avec le voisin, puis d’autres ont suivi. En un mois, la somme investie par Alain était remboursée. Et cinq mois après, le succès est colossal. Théo a composé une équipe de 50 collaborateurs qui l’aident à honorer les commandes qui proviennent désormais de toute l’Europe. «  Je ne pensais pas qu’on en demanderait autant. Mes copains se moquaient de moi au début, ils me traitaient de mytho. Mais maintenant, ils sont jaloux et veulent travailler avec moi pour gagner de l’argent comme moi », raconte encore Théo.

Sauf que son père a été assez responsable pour ne pas le laisser gérer seul tous les bénéfices que Gribouill’Arts dégage : « Je trouvais cela un peu précoce de le laisser seul avec tout cet argent. Alors on a décidé, lui et moi, de tout confier à une association géniale ». Le nom de cette association ? Poisson d’avril évidemment. Mais avouez que même « pour de faux » cela a le mérite de décomplexer les créateurs d’entreprise et de projets qui sommeillent « pour de vrai » en vous…